Le spitzberg : Immersion aux pays des ours!

Il est minuit passé et le soleil inonde un archipel glacé et désert. Dans le grand silence blanc, la glace craque autour du bateau qui s’approche lentement de la banquise. Des dizaines d’oiseaux s’envolent dans l’immensité gelée de l’océan glacial Arctique. La lumière ne cesse de changer le décor. Chaque heure  est un nouveau spectacle. 

A bord, on ne parle plus de chasse aux baleines ou aux ours, mais  de tourisme responsable, de préservation du paysage. Lorsque le bateau ralentit soudainement pour approcher un groupe de morses lourdement endormis sur la banquise.

1Plus loin, on frôle une baleine Beluga, qui accompagne le navire pour quelques minutes.  Cherche-t-elle quelqu’un? Une famille ours? Quelques cinq mille ours vivent dans les mers et les îles du Svalbard.  Ce sont d’excellents nageurs qui se nourrissent essentiellement de phoques, mais qui peuvent aussi s’attaquer… à l’homme.  Alors prudence et interdiction de s’éloigner seul  sur cette immensité blanche, car l’animal peut peser jusqu’à huit cent kilos !

Bientôt le voyage se change en véritable expédition polaire. On s’immerge dans l’univers arctique du Grand Nord où tout n’est que silence et craquements de glace. Il y a peu de précipitations à cette latitude, le Spitzberg est un désert froid  sur lequel il neige peu et où poussent herbes, fleurs et fruits en été. Point non plus de chemin tracé à travers les versants et les vallées. Les paysages sont d’une rare beauté. Les saisons courtes provoquent de grandes variations climatiques. L’hiver, durant deux mois, il fait nuit noire. Mais il y a aussi les jours polaires d’été, appelés « soleil de minuit », quand le soleil ne se couche jamais !  Ces nuits-là, on ne dort pas, trop fasciné par ces nuits blanches qui font perdre tous les repères et remonter le temps vers les grandes explorations…

Comme pour toutes les expéditions dans les fjords de l’archipel, le bateau a quitté quelques heures plus tôt Longyearbyen, la capitale du Spitzberg où atterrissent les avions . « Longuièrebuène » comme on le prononce dans cet extrême bout du monde, est la civilisation la plus au nord de la planète, perdue au milieu des Fjords. La capitale de l’île principale de l’archipel norvégien du Svalbard abrite aujourd’hui une population de plus de deux mille habitants. Le Svalbard, sous souveraineté norvégienne, est un archipel recouvert à 60 % de glace et composé de cinq îles principales, dont le Spitzberg, la plus grande et la seule habitée.

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« Le bout du monde n’est pas la fin de monde. »

Cette vaste île a d’abord été le point de départ des grandes expéditions polaires. de l’Histoire. De nombreux explorateurs se sont aventurés dans ses fjords et ses montagnes glacées: aventuriers, scientifiques, industriels, mais aussi pêcheurs de baleine et trappeurs. En revanche, contrairement à ce que l’on pourrait croire, les Inuits ne s’y sont jamais installés car ils n’ont pas réussi à franchir la banquise qui les aurait entrainés vers le sud depuis le Groenland ! Sa découverte date de 1596, lorsque le navigateur hollandais Willem Barents,  trouva un passage entre le Nord et l’Est : le fameux détroit de Barents. Après une lutte acharnée avec un ours polaire, il découvre, par hasard, en contournant la glace ces « Montagnes pointues » (Spitzberg en norvégien !) recouvertes de neige. Mais aucune trace de cette expédition, si ce n’est dans les écrits de Barents,

n’a été retrouvée sur les terres du Svalbard.  Durant deux siècles, Hollandais, Français, Anglais, Norvégiens et Danois chassèrent baleines et morses par milliers dans les eaux de l’archipel. La baleine, permettait à l’Europe de fabriquer des produits de qualité comme du savon ou du parfum, mais servit aussi à développer l’éclairage des rues des grandes capitales du continent…

Ce massacre dépeupla la région de ces grands cétacés et provoqua quasiment l’extinction de l’espèce dès le début du XVIIème siècle. Ce fut donc au tour de la faune terrestre des îles du Grand Nord d’être traquée, notamment pour la fourrure et l’ivoire. Morses, ours, rennes, renards et phoques furent chassés par les trappeurs russes dès le début du XVIIIème siècle. Au début des années 1900, l’homme tuait environ trois mille ours par an dans l’archipel !

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« Froid dehors, chaud dedans. »

Puis, se succédèrent les explorations scientifiques de géologie, climatologie,  cartographie… Ces recherches menèrent rapidement à l’exploitation des richesses minérales et à d’importants gisements de charbon et, par conséquent à des conflits concernant la répartition des terres du Svalbard entre la Russie et la Norvège.

Aujourd’hui, cette ville minière s’est transformée en un vrai centre d’activité tertiaire, notamment grâce à la construction, en 1975, de l’aéroport de Longyearbyen. Son économie est basée sur  la recherche scientifique,  l’exploitation de ses sept mines, et… le tourisme. Ses habitants vivent dans de petites maisons colorées, vont à la messe, au musée, à l’université, à la piscine et font, comme tous les Européens, leurs courses au supermarché. Dans ses cafés, on rencontre beaucoup de chercheurs  russes ou norvégiens, expatriés ici pour quelques années, pour leurs recherches, entre autres,  sur le climat et la géothermie.

Depuis peu, ce port qui n’était qu’une halte de ravitaillement pour les bateaux de pêche et d’exploration, est devenue une véritable station balnéaire avec ses luxueux hôtels comme le Spitsbergen Hotel ou le Radisson Blu Polar. Pour un séjour plus authentique, il n’est pas difficile de trouver une guesthouse de charme ou une chambre d’hôtes chaleureuse.

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